Imprimer cet article
Impact du changement climatique en France
Quels seront les impacts du changement climatique en France ? Se basant sur les scénarios du GIEC, le rapport réalisé à l’initiative du ministère de l’environnement évalue ses conséquences sur la ressource en eau, l’agriculture, la forêt, la biodiversité, l’énergie, les infrastructures. Nous reproduisons ci-dessous de larges extraits du rapport de synthèse, dont nous avons souligné les conclusions les plus notables.

Groupe de travail interministériel sur l’évaluation des impacts du changement climatique, rapport septembre 2009 (extraits)
En mars 2007, le Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable et de la Mer (MEEDDM) a constitué un groupe interministériel dénommé « Impacts du changement climatique, adaptation et coûts associés en France », engageant un chantier d’évaluation des dommages et des mesures permettant de limiter le coût des impacts. L’objectif du Groupe interministériel était de fournir les premiers éléments d’une évaluation sectorielle des coûts des impacts et de l’adaptation. Dix groupes thématiques pilotés par les Ministères et administrations concernés – santé, agriculture, forêt, eau, infrastructures de transport et cadre bâti, énergie, tourisme, risques naturels et assurances, biodiversité, territoires – ont ainsi été créés et chargés de ces évaluations.
Ces groupes ont associé des experts et des spécialistes issus de la recherche, de l’administration et de la sphère privée. (…)
Le parti-pris a été de produire des évaluations sectorielles aux horizons 2030, 2050 et 2100, sans volonté d’agrégation des résultats. (…)
Le groupe a choisi de travailler à partir des scénarios A2 et B2 du GIEC, le premier tant plutôt pessimiste et le second optimiste. Le changement de climat sur la France est tiré des simulations réalisées par le CNRM/Météo-France, avec le modèle Arpège-Climat, qui se situe dans la moyenne des modèles climatiques du GIEC en terme de réchauffement. La montée du niveau de la mer a été supposée égale à 1 mètre à l’horizon 2100, ce qui se situe clairement vers la borne maximale des projections.
L’usage de ces scénarios et de ces simulations implique que les scénarios les plus pessimistes n’ont pas été abordés, comme ceux qui résulteraient d’une accélération du réchauffement lié au cycle du carbone ou d’une accélération de la montée du niveau de la mer en raison d’une déglaciation plus rapide que prévue du Groenland.
En l’absence d’une prospective socio-économique de long-terme régionalisée et par secteur sur la France, le groupe interministériel a décidé de travailler en conservant la situation socio-économique française actuelle (scénario dit à « économie constante ») (…)
Résultats des travaux thématiques
Ressource en eau
En considérant une stabilité de la demande, un déficit de 2 milliards de m3 par an pour la satisfaction des besoins actuels de l’industrie, de l’agriculture (irrigation) et de l’alimentation en eau potable serait observé à l’horizon 2050 (soit 14% du prélévement actuel de ces secteurs mais moins de 2% du total des écoulements annuels moyens sur le territoire national). Les projections indiquent que les zones les plus touchées seraient celles déjà concernées aujourd’hui par des déficits structurels (par exemple le Grand Sud Ouest).
La compensation du déficit potentiel de ressource en eau à horizon 2050 ne représente qu’une partie « visible » des adaptations nécessaires et une évaluation très partielle des nécessités d’adaptation des activités liées à l’eau. Tous les secteurs seraient affectés par cette évolution, qui se traduirait par une multiplication des conflits d’usage, une dégradation de la qualité des eaux et par la perturbation des écosystèmes aquatiques ou dépendants de la ressource en eau.
L’adaptation de chaque secteur au changement climatique passera par une meilleure gestion de la consommation d’eau : l’adaptation de la demande et des besoins en eau est un axe prioritaire. Quant à l’adaptation de l’offre, elle devra impérativement relever de l’adaptation planifiée afin d’en étudier préalablement les impacts. L’évaluation du coût potentiel de ces mesures d’adaptation ne pourra se faire qu’au travers d’investigations locales : les réponses appelleront des mécanismes de solidarité géographique. (…)
Secteur agricole
Les modèles de croissance des grandes cultures projettent une hausse de rendement en réponse au changement climatique, mais sans compter les effets des événements extrêmes, des variabilités inter annuelles, des risques sanitaires et de la baisse de disponibilité en eau (une évaluation des besoins est fournie dans le rapport « ressources en eau »). La prise en compte de ces facteurs de variabilité encore mal intégrés aux modèles de croissance pourrait permettre d’affiner les résultats et de nuancer la hausse de rendement escomptée. A titre d’exemple, la multiplication des événements de type canicule de 2003 pourrait représenter en 2100 un coût allant jusqu’à plus de 300 millions d’euros par an pour une culture comme le blé en l’absence de mesures d’adaptation. D’autre part, les gains potentiels disparaissent pour les réchauffements les plus importants, c’est-à-dire à partir de la fin du siècle dans les scénarios fortement émetteurs (par exemple, des pertes pour le blé pourraient apparaître à partir de 2100 dans le scénario A2). La viticulture sera également affectée par le changement climatique avec de fortes disparités territoriales. Des baisses de rendement seraient attendues dans certaines régions (notamment en Languedoc) et une hausse dans d’autres (notamment en Bourgogne), mais avec des effets potentiellement négatifs sur la qualité et la typicité des vins. Dans le cas des prairies, l’exercice réalisé pour la zone périméditerranéenne, amène à un coût de compensation des pertes de rendements de 200 millions d’euros par an sur la seconde moitié du XXIème siècle. Il est donc nécessaire de s’adapter dès aujourd’hui à ces évolutions projetées.
Secteur forestier
Une hausse de productivité (volumes de bois) est attendue à court et moyen termes en raison de l’augmentation des températures et du taux de CO2 dans l’atmosphère. Ainsi, la production brute annuelle supplémentaire atteindrait près de 30 millions de m3 en 2050. Seulement, sur cette même période, les gains de productivité escomptés pourraient être du même ordre de grandeur que les pertes possibles par dépérissement, incendie, sécheresse, etc. Après 2050, la tendance serait défavorable en raison du stress hydrique notamment dans le Sud de la France, avec un risque accru de sécheresses et d’incendies laissant présager des impacts négatifs à long terme. Afin de pallier ces effets, l’adaptation du secteur forestier devra mettre à contribution l’ensemble des acteurs de la filière. Concernant les feux de forêt, une étude menée par la Mission interministérielle sur le risque d’incendie en lien avec le changement climatique est actuellement en cours. Selon les premiers résultats, le changement climatique attendu s’accompagnera d’une aggravation de l’aléa dans les territoires actuellement exposés (où des dispositifs de défense des forêts contre les incendies sont en place) ainsi que par une propagation territoriale (vers le Nord et en altitude) de l’aléa « incendie de forêts ».
Risques naturels et assurances
L’analyse a porté sur quatre types d’aléas spécifiques : les inondations, les risques côtiers, le retrait-gonflement des argiles et les aléas gravitaires (avalanches, glissements de terrain, etc.). A titre d’exemple, à urbanisation constante, les dommages moyens annuels aux logements générés par le risque de retrait-gonflement des sols argileux pourraient dépasser un milliard d’euros par an en 2100 (contre environ 200 millions d’euros par an aujourd’hui) à l’échelle de la France, comme conséquence de l’augmentation de la fréquence des canicules. Ce coût pourrait être multiplié par un facteur 4 à 5 si l’on prolonge les tendances actuelles de l’urbanisation dans les zones à risques, c’est-à-dire en l’absence de politique spécifique de réduction de ce risque. En l’absence d’adaptation, le recul de la côte, par érosion ou submersion marine, en conséquence du changement climatique (remontée du niveau de la mer), devrait concerner in fine plusieurs centaines de milliers de personnes et la destruction des logements pourrait coûter plusieurs dizaines de milliards d’euros à l’échelle du siècle, pour la seule région Languedoc-Roussillon. Le coût des dommages liés aux inondations par débordement de cours d’eau pourrait également augmenter sur certains bassins, avec des incertitudes importantes qui demeurent. Une évaluation à l’échelle nationale serait, à ce stade, hasardeuse en raison de la difficulté de traiter et d’agréger les coûts relatifs à l’ensemble des bassins, y compris les petits bassins sur lesquels l’impact pourrait être élevé. Quant au coût relatif aux aléas gravitaires, il n’a pas été évalué du fait d’un grand besoin de connaissances préalables nécessaires à la réalisation d’une telle évaluation. Il est cependant à souligner le fort impact sociétal qu’ont les catastrophes associées à ces aléas, pouvant entraîner des pertes de vies humaines et des coûts importants très localisés.
Energie
Le changement climatique aura des conséquences sur la demande, avec une baisse de la consommation énergétique en hiver, mais une hausse en été en raison des besoins en climatisation pour les logements et les véhicules. L’évaluation économique de ces impacts fait apparaître une tendance d’économie d’énergie de l’ordre de 3% dans le scénario d’économie constante, soit 1,8 à 5,9 Mtep/an selon les scénarios et les horizons, mais le développement spontané de la climatisation résidentielle et automobile amputerait de moitié les économies d’énergie liées au réchauffement. Le changement de saisonnalité de la consommation énergétique (de l’hiver vers l’été) et du type d’énergie concerné (en particulier plus d’électricité pour la climatisation) implique une anticipation de ces effets (gestion des pics de demande en période chaude). Ceci est d’autant plus vrai qu’en termes de production d’électricité, il faut s’attendre, en raison des contraintes liées à la ressource en eau, à une baisse de productible de l’ordre de 15% des centrales hydroélectriques, pour lesquelles l’eau constitue la « matière première », et à des pertes de rendement des infrastructures de production et de transport de l’énergie en période chaude.
Santé
Le secteur de la santé fait traditionnellement référence aux dépenses d’assurance maladie et le travail d’évaluation économique, c’est-à-dire de l’évaluation du coût global d’un ou des effets sur la santé, n’est guère pratiqué. Si certaines implications du changement climatique pourraient s’avérer bénéfiques, comme la baisse de la mortalité due au froid durant les hivers plus doux, la plupart des changements auraient des conséquences néfastes. L’exercice d’évaluation économique est délicat compte tenu des nombreuses sources d’incertitudes à prendre en compte : projections climatiques, impacts sur la santé estimés aux différentes échelles de temps, évolution de la société.
Le travail a porté sur l’impact de deux événements extrêmes majeurs déjà rencontrés (canicule de 2003 et inondations du Gard en 2002) car, d’une part, ils correspondent à des types d’évènements pouvant survenir plus fréquemment avec le changement climatique et, d’autre part, la Direction générale de la santé dispose de certaines données épidémiologiques nécessaires à l’évaluation. L’impact du changement climatique et de toutes ses conséquences (par exemple, sur les maladies à vecteurs ou la pollution locale urbaine) est impossible à évaluer aujourd’hui.
La mesure de l’impact de la canicule a pris en compte les coûts directs et les coûts évités pour l’assurance maladie concernant les personnes âgées de 70 ans et plus, les coûts indirects (pertes de vie humaine, temps non productif) et les coûts intangibles (valeur estimée de la perte de qualité de vie et de la souffrance liée à la dégradation de la santé). Si l’impact pour l’assurance maladie ne semble pas significatif (-10M€ à + 280 M€ selon les hypothèses retenues), le coût global pour la société dans son ensemble est néanmoins considérable. On estimerait la valeur perdue par notre société du fait des décès prématurés causés par la canicule 2003 à un peu plus de 500 millions d’euros. Les coûts intangibles n’ont pas pu être estimés. (…)
Tourisme
Les résultats fournis par une étude du CIRED et de Sogreah à la demande du Groupe interministériel, basés sur le calcul de l’indice de confort touristique estival (ICT), mettent en avant une dégradation du confort climatique en été sur l’ensemble de la France métropolitaine, les températures maximales atteintes devenant trop élevées pour permettre le confort maximal des touristes. Cette dégradation est moins marquée dans la moitié Nord de la France (Côte Nord-Ouest particulièrement), ainsi que dans certains départements de montagne (dans les Alpes notamment). A l’horizon 2100, un impact significatif sur le chiffre d’affaires estival est à attendre, en raison d’une évolution à la baisse de l’attractivité touristique quasi généralisée à l’exception du Nord-Ouest de la France et de certains départements des Alpes. En revanche, une amélioration des conditions sera constatée aux intersaisons. Concernant les sports d’hiver, une étude de l’OCDE en 2006 indique que, dans les Alpes, la diminution du manteau neigeux réduira la fiabilité de l’enneigement. Dans les Alpes françaises, 143 domaines skiables bénéficient actuellement d’un enneigement fiable. En cas de réchauffement de +1°C, cela ne sera le cas que pour 123 stations ; pour 96 stations si le réchauffement atteint 2°C et seulement pour 55 stations dans le cas d’un réchauffement de 4°C. De manière générale, ce travail indique que dans toutes les zones géographiques de France métropolitaine, le secteur du tourisme devra s’adapter aux manifestations futures du changement climatique pour limiter les impacts négatifs et en saisir les opportunités potentielles.
Infrastructures de transport et cadre bâti
Le changement climatique prévu pourrait rendre nécessaires des adaptations des infrastructures routières. Si la canicule de 2003 n’a pas semblé engendrer de désordres généralisés mettant en cause la pérennité des structures de chaussée ni des ouvrages d’art, en revanche les effets dus à une intensité thermique supérieure et ceux dus aux périodes répétitives de canicule ne sont pas appréciés à ce jour. Les effets indirects au niveau des fondations et assises n’ont pas été évalués (aléa géologique, sécheresse, variation du niveau des nappes phréatiques). En ce qui concerne le risque de submersion marine permanente lié à une remontée d’ensemble du niveau de la mer d’un mètre, il représenterait un coût patrimonial, pour le réseau routier national métropolitain (hors autoroutes concédées et autres voiries), de 2 milliards d’euros. Ce montant s’entend hors effet « réseau » (par exemple la submersion d’un tronçon limité de route peut entraîner l’indisponibilité de toute une section mais seule la valeur patrimoniale du tronçon submergé a été calculée). Les conséquences en termes de pertes d’usage n’ont pas été évaluées : elles varient selon les mesures d’adaptation et de gestion de crise qui seront mises en place. Pour des raisons de disponibilité de données, les infrastructures portuaires, ferrées et fluviales et les systèmes de transport en commun, n’ont pas été étudiés. (…)
Biodiversité
Des signes de modifications de la biodiversité terrestre, aquatique et marine, attribuables aux changements graduels induits par le changement climatique, sont d’ores et déjà observables. La biodiversité est affectée directement par la modification de la température et de la pluviométrie, à laquelle s’ajoute l’acidification des eaux en domaine marin. Protéger les espèces et les écosystèmes impose de réduire les pressions qui diminuent leur résilience : fragmentation des milieux naturels, artificialisation des sols, etc.
Le groupe insiste sur le rôle des effets indirects à moyen terme, qui pourraient être au moins aussi importants (par exemple, la reconstruction des infrastructures littorales sur les espaces naturels en arrière des côtes). Il est donc essentiel d’analyser systématiquement les effets croisés des impacts du changement climatique d’une part et des adaptations spontanées ou planifiées d’autre part, afin de prévenir les conséquences négatives pour la biodiversité.
L’évaluation des services rendus par la biodiversité pour certains types d’occupation du territoire les estime à 900€/ha/an pour les forêts et 300€/ha/an pour les prairies, dans un récent rapport du Centre d’Analyse Stratégique, ce qui permet de cerner les enjeux économiques. Des impacts négatifs sont révélés par cette approche, appliquée aux écosystèmes coralliens et aux services non-marchands fournis par la forêt. Plus globalement, des pertes économiques significatives liées à la diminution voire la disparition de services de production (forêts de hêtre du Sud et de l’Ouest par exemple) et de régulation (tels que le stockage du carbone, la prévention des crues et des inondations, la régulation de l’érosion) sont à envisager à des niveaux accrus à la fin du siècle.
L’Outre-mer est particulièrement fragile du fait des impacts sur les récifs coralliens, les forêts tropicales et les nombreuses espèces endémiques. Grâce à une gouvernance des politiques d’adaptation conduites à des échelles spatiales pertinentes avec le plus grand nombre d’acteurs et à une politique intégrée pour favoriser les approches transversales et systémiques, ces pertes pourront être limitées. Enfin, la préservation d’écosystèmes naturels choisis peut constituer une action d’adaptation en tant que telle pour un maximum d’espèces et de milieux.
Territoires
Ce groupe s’est spécifiquement penché sur la question de l’échelle d’analyse pertinente. Il a par ailleurs axé ses travaux sur les interactions sectorielles à l’échelle des territoires et la notion de transition vers le changement. Il a mis en avant l’importance du pas de temps nécessaire à ce que l’on peut appeler « l’apprentissage de la vulnérabilité ». Cette conversion sera d’autant plus longue que les publics susceptibles d’être touchés par les impacts du changement climatique ne sont pas a priori homogènes. A cet effet, l’information, la sensibilisation et la mobilisation des acteurs et de la population au changement climatique et à l’adaptation constituent des aspects fondamentaux. (…)
Publication originale Ministère de l’environnement