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La crise n’est pas finie

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Article communiqué par K2R, encore merci pour ta contribution :

Pour convaincre ceux qui croient toujours aux indices je rajoute cet excellent article

http://www.leseditionsromaines.com/?pg=economy

La première vague d’espoir de la dépression
L’effondrement boursier en 1929 s’est étalé sur quatre années comprenant sept grandes vagues de baisses suivies de remontées parfois spectaculaires. Les douze premiers mois après le crash d’octobre, la population bourgeoise qui dirigeait l’économie et n’avait pas accusé de pertes boursières fatales, était convaincue que l’économie repartirait au plus tard en octobre 1930.

Elle pensait qu’il fallait simplement tenir le coup quelques mois car la reprise était en vue. La dépression a véritablement commencé lorsque cette catégorie sociale a réalisé que la crise serait, en réalité, très longue. La dépression actuelle se développe de la même manière: la grande presse financière nous a servi ces mois de mars et d’avril derniers, l’opinion de bon nombre « d’experts » ayant perçu des signes positifs de reprise prochaine (sommet du G20, plan Geithner, résultats des banques, etc.) et claironnant que le marché a bien atteint son point le plus bas le 9 mars dernier. Cette même presse n’a pas manqué de rappeler que les bourses repartent en moyenne 6 mois avant la fin d’une récession et qu’il ne faut pas rater le train de la reprise lorsqu’il entre en gare!

Certains investisseurs ayant bien perçu qu’une remontée provisoire devait forcément se produire se sont positionnés à court terme pour en profiter. Cette embellie boursière aura bien opportunément profité à la plupart des banques en manque de capital qui ont saisi cette occasion pour émettre de nouvelles actions. Malheureusement, il y a également des investisseurs crédules, désireux de se refaire après les pertes de fin 2008, qui ont fait confiance à ces médias et se sont, eux, positionnés pour une reprise définitive.

La période que nous traversons incite à la plus grande prudence quant à l’interprétation des indicateurs économiques traditionnels car ils envoient des signaux divergents. En fait, une analyse objective montre que la crise s’est nettement aggravée ce premier trimestre 2009. La liste des indicateurs, proches de la réalité économique « du terrain » et virant au rouge, c’est encore allongée. Citons parmi les très nombreux signes négatifs:

- Les 32 faillites bancaires aux US au courant du premier trimestre 2009.

- La récession allemande qui est maintenant reconnue comme la plus sévère depuis la deuxième guerre mondiale avec une chute de 3,8% de son PIB au premier trimestre 2009.

- Le taux des bons d’Etat américains de 10 ans qui culmine à 3.2%, soit son plus haut niveau depuis six mois, et ce malgré la politique de rachat de la Fed (« quantitative easing »). Un premier signe d’indigestion du marché? D’ailleurs, dans un instant de lucidité, le président Obama a déclaré en mai dernier : «Nous ne pouvons continuer à emprunter à la Chine. Nous devons payer des intérêts sur cette dette et cela signifie que nous hypothéquons le futur de nos enfants, avec de plus en plus de dettes. Les détenteurs des dettes américaines finiront par être fatigués de les acheter, ce qui entrainera une augmentation des taux d’intérêts sur tous les emprunts, des prêts autos jusqu’aux prêts hypothécaires ». Et comme le rappelle le professeur A. Fekete, même s’il est vrai que la dette publique américaine est toujours bien en-dessous de son PIB (80%), sa productivité marginale est négative. La productivité marginale de la dette mesure la croissance du PIB induite par une augmentation de 1 USD de la dette publique. Une productivité marginale négative signifie qu’une augmentation de 1 USD de la dette publique entraîne une diminution du PIB! Les nouvelles dettes publiques servent à rembourser les dettes privées. Il n’y a plus de création de capital et l’économie se dévore par la dette.

- Le PIB américain qui accuse une chute annuelle de 6.1% au premier trimestre 2009 (après une chute de 6,3% au dernier trimestre 2008), soit la plus forte chute depuis 50 ans.

- Ce premier trimestre 2009, selon le Nelson A. Rockefeller Institute of Government, les rentrées fiscales moyennes aux US sont en baisse de 12.6% (comparées au premier trimestre 2008).

- Ce premier trimestre 2009, selon RealtyTrac Inc, le nombre de saisies immobilières pour des prêts (jumbo) supérieurs à 729750 USD a augmenté de 127% (comparé au premier trimestre 2008), soit la plus forte augmentation de ces 15 dernières années. Pour rappel environ 500 mds de USD de prêts jumbo ont été titrisés selon FTN Financial et en février dernier, les analystes John Sim and Abhishek Mistry de JPMorgan Chase ont estimé que 10% feraient défauts. Ainsi même les plus riches se retrouvent incapables de rembourser leurs prêts…

- Le taux de chômage en Californie (le plus grand état des US dont le PIB est comparable à celui de la France) qui a atteint 11,2% soit plus que le seuil critique des 10% au-delà duquel même les gros emprunteurs commencent à faire défauti . Ceci alors que la Californie risque de devoir emprunter un montant inégalé compris entre 10 et 23 mds de USD en automne prochain, selon le cabinet indépendant Legislative Analyst Office (LAO). Impossible, dans les conditions actuelles, de sorte que la Californie a demandé à l’Etat Fédéral de garantir ses emprunts. Un risque de faillite n’est pas à exclure et cette demande n’est pas vue d’un très bon œil par tous les autres Etats.

- Le gouvernement américain était habitué à ponctionner chaque année entre 250 et 300 mds de USD dans les caisses de la sécurité sociale et à les remplacer par des bons d’Etat. C’est ainsi qu’au 30 avril 2009, le gouvernement doit 4300 mds de USD aux agences gouvernementales dont la plus importante est la sécurité sociale. Mais, phénomène nouveau, depuis le 1er janvier 2009, l’Etat a dû restituer 25 mds de USD à son plus gros créancier. Déjà en 2007, la Fed prévoyait une brutale chute du ratio travailleur/pensionné à partir de 2008 (année où la génération des « baby-boomers » a commencé à prendre sa retraite). Mais en plus, la sécurité sociale est sollicitée par la montée dramatique du chômage et c’est ainsi que l’Etat américain ne peut plus se servir dans les caisses alors qu’il a justement besoin d’emprunter massivement.

- La faillite du numéro 2 de l’immobilier commercial aux Etats-Unis, General Growth Properties (GGP), qui montre que la troisième vague, bien pire que les prêts subprime ou Alt-A, est sur le point de frapper les banques au moment où j’écris ces lignes. Et GGP a entraîné dans sa faillite des centres commerciaux qui étaient adossés à des « commercial mortgage-backed securities » (CMBS). Une véritable onde de choc pour les détenteurs de ce type d’ABS que les experts avaient qualifiés pourtant de très résistants à la crise. En plus, de nombreux LCDS (assurance contre les défauts de paiement) avaient été vendus pour couvrir les prêts adossés aux centres commerciaux et contractés par GGP. Selon la procédure habituelle, une vente aux enchères a été organisée afin de voir la valeur de ces prêts (les assureurs devant rembourser la différence). Il est apparu que ces prêts ne valaient plus que 44% de leur valeur. Une misère qui n’augure rien de bon pour les banques gavées de prêts liés à l’immobilier commercial. Foresight Analytics, la société de recherche spécialisée dans l’immobilier estime qu’aux US environ 594 mds de USD en crédits hypothécaires liés à l’immobilier commercial vont arriver à maturité entre 2009 et 2011. Comment ces emprunteurs vont-ils pouvoir prolonger ces dettes (roll over)? Alors qu’en plus les prix de l’immobilier commercial ont déjà chuté de 35% en moyenne sans le moindre signe de reprise en vue. L’analyste Richard Parkus de la Deutsche Bank estime que 70% de tous les CMBS émis récemment aux US ne pourront se refinancer sans que les emprunteurs n’augmentent fortement le capital initial. Rien que ce premier trimestre 2009, les espaces de bureau à louer dans les grandes villes américaines ont augmenté de 12,5%. Cette simple menace liée à l’immobilier commercial montre que la crise est très loin d’être terminée et qu’une reprise boursière durable est totalement prématurée.

- On se souvient qu’à la belle époque, de nombreux hedge funds s’étaient spécialisés dans le rachat d’entreprises par endettement (Leverage Buyout, LBO). Ainsi une entreprise saine se retrouvait largement endettée après le passage d’un hedge fund prédateur. Dans ce cadre, les déclarations publiées sur le site du Daily Telegraph, par le PDG du fonds MatlinPatterson (bénéficiaire de l’aide gouvernementale TARP, au demeurant) lors du Qatar Global Investment Forum rappelle une autre catastrophe annoncée: « Nous allons voir une augmentation catastrophique du nombre de LBO qui vont faire défaut car ils sont endettés jusqu’au cou et il n’y a aucune solution puisqu’ils ne peuvent se refinancer ».

- Les réductions de salaire observées au Japon (une baisse annuelle de 3.7% soit la plus forte baisse depuis 6 ans), au Royaume-Uni (une baisse annuelle de 5.8% pour le salaire hebdomadaire, soit la plus forte baisse depuis 60 ans !) et aux Etats-Unis (selon le sondage Washington Post-ABC News du mois de mars, plus d’un tiers des sondés disent que leur salaire a été réduit, soit 9% de plus par rapport au même sondage effectué en février 2009). D’ailleurs les revenus des ménages américains viennent d’accuser une 5ème baisse mensuelle consécutive, soit -6% annuel, la plus forte chute depuis que ces statistiques sont relevées (1954). Et c’est sans surprise qu’en mars dernier, Reuters nous apprend que le taux de défauts sur les cartes de crédits était déjà le plus élevé de ces 20 dernières années. Comment le consommateur américain endetté, qui voit son salaire diminuer et qui risque de perdre son emploi, peut-il songer à emprunter davantage pour se remettre à consommer et comment imaginer qu’une banque pourrait lui prêter de l’argent? Et pourtant, sachant que 70% de la croissance américaine vient de la consommation, c’est en vue de la reprise « prochaine » de cette consommation que les bourses ont grimpé en mars et avril pour parvenir à effacer leurs pertes accumulées en janvier et février 2009.

Et on pourrait continuer cette longue liste d’indicateurs négatifs. Mais, dans la suite de cet article, je préfère me concentrer sur les développements nouveaux du premier trimestre 2009 qui montrent que la reprise boursière récente n’est qu’une illusion.

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